Dossier : fair & ethical fashion

23 septembre 2026In Articles, Mode

Mode équitable et éthique : des vêtements qui tiennent compte de leur impact

Ces dernières années, la mode équitable et éthique a clairement le vent en poupe. De plus en plus de consommateurs choisissent de se détourner de la fast fashion, de la production de masse et de la mode jetable, et privilégient des choix vestimentaires équitables, responsables et écologiques.

 

Thèmes abordés dans ce dossier sur la mode équitable et éthique

Pourquoi avons-nous besoin d’un autre secteur de la mode ?. 2

En quoi les droits de l’homme sont-ils menacés ?. 3

Quels sont les impacts environnementaux du secteur de la mode ?. 3

Les conséquences de la fast fashion en chiffres. 4

  1. Consommation et pollution de l’eau. 4
  2. Émissions de gaz à effet de serre. 4
  3. Déchets. 5

La mode éthique : qu’est-ce que cela signifie ?. 5

  1. Slow fashion. 6
  2. Mode issue du commerce équitable. 9
  3. Mode écologique et circulaire : recyclage et upcycling. 9
  4. Production locale. 11
  5. La seconde main tendance. 12
  6. Emprunter et louer. 14

Que pouvez-vous faire vous-même ?. 14

Législation européenne. 15

Qu’est-ce que le « greenwashing » ?. 16

  1. Critiques à l’encontre de Primark et Shein. 17
  2. H&M devant les tribunaux pour « greenwashing ». 18

Nouveau baromètre « Les Belges et le commerce équitable ». 19

La mode éthique au travail, à l’école, pendant le sport….. 19

  1. Vêtements. 19
  2. Chaussures. 20
  3. Ils sont déjà sur la bonne voie. 20

Comment reconnaître la mode équitable lorsque vous faites vos achats ?. 21

Où acheter des vêtements équitables ?. 21

Où découvrir la mode équitable pendant la Semaine du commerce équitable ?. 22

  1. Jeux de rôle, enquêtes et décryptage interactif 23
  2. Débats, conférences et cinéma. 23
  3. Ateliers pratiques, expositions et actions concrètes (Upcycling et réparation) 24

 

Pourquoi avons-nous besoin d’un autre secteur de la mode ?

En bref : le secteur de la mode conventionnel, ou « fast fashion », nuit à l’environnement et aux personnes qui fabriquent les vêtements.

Partout dans le monde, des personnes sont encore exploitées, les droits humains bafoués et l’environnement dégradé. Qu’est-ce qui ne va pas ? L’organisation ach’ACT (Actions Consommateurs Travailleurs), homologue francophone belge de la Clean Clothes Campaign (Campagne Vêtements Propres), met en avant cinq problèmes systémiques auxquels fait face l’industrie textile mondiale

  1. Pas de « salaire décent »
  2. Manque de transparence
  3. Lieux de travail dangereux
  4. Problèmes liés à la liberté syndicale
  5. Discrimination fondée sur le genre

En parallèle , les violations des droits de l’homme et les impacts environnementaux persistent. Ces problèmes doivent être traités conjointement, car ils ont la même cause : la priorité donnée au profit au détriment des personnes et de la planète. La question se pose de savoir comment donc l’industrie textile peut-elle concrètement mettre en œuvre la diligence raisonnable en matière de respect des droits humains et de l’environnement (HREDD). Fair Wear a élaboré un plan à cet effet pour 2026.

En quoi les droits de l’homme sont-ils menacés ?

Selon une enquête approfondie menée par Amnesty International, les droits de l’homme sont bafoués quotidiennement dans presque toutes les usines de confection des pays étudiés (Bangladesh, Inde, Pakistan et Sri Lanka). Les États imposent des restrictions légales qui empêchent les travailleurs de bénéficier d’une retraite, de se syndiquer ou d’exprimer leur opinion. De plus, les travailleurs, en grande partie des femmes, sont sous-payés.   Ce constat illustre à quel point les cinq problématiques relevées par ach’ACT s’entremêlent étroitement : la liberté d’association et le droit de négociation collective apparaissent ainsi comme le socle indispensable à toute amélioration durable des conditions de travail.

Dans le secteur de l’habillement , les violations structurelles des droits humains ne relèvent plus de l’exception mais bien de la norme pour la majorité des employeurs: absence de rémunération décente, environnement de travail dangereux et insalubre, substances toxiques, journées de travail extrêmement longues, interdiction des syndicats, etc.

Le Fashion Transparency Index de 2023 a montré que 99 % de toutes les grandes marques de prêt-à-porter n’étaient pas en mesure de prouver que tous les travailleurs de leur chaîne d’approvisionnement percevaient un salaire décent. Selon Fashion Checker, 94,6 % des marques étudiées ne versent pas de salaire décent à leurs travailleurs du secteur de l’habillement. L’organisation met à disposition, sur son site, un outil permettant de vérifier, marque par marque, le respect de cette exigence salariale.

Quels sont les impacts environnementaux du secteur de la mode ?

Selon le Parlement européen, la consommation moyenne de textiles par personne dans l’UE est passée de 17 kg (2019) à 19 kg (2022), alors qu’environ 12 kg de vêtements par personne sont jetés chaque année. En 2022, la consommation moyenne de textiles par personne dans l’UE a nécessité :

  • 12 m³ d’eau
  • 323 m² de terres
  • 523 kg de matières premières

En 2022, cela génère 355 kg d’émissions de CO₂ par personne dans l’UE. À cela s’ajoutent la pollution de l’eau, les émissions de gaz à effet de serre et la production d’énormes quantités de déchets. Les chiffres qui suivent donnent une mesure concrète de cette production de déchets.

 

Les conséquences de la fast fashion en chiffres

 

1.     Consommation et pollution de l’eau

  • La production du coton nécessaire à la fabrication d’un t-shirt nécessite 2 700 litres d’eau, soit la consommation d’eau potable d’une personne pendant 2,5 ans. (Parlement européen)
  • La fabrication d’un jean nécessite entre 7 000 et 10 000 litres d’eau. (COSH!)
  • 20 % de la pollution de l’eau potable est causée par les colorants utilisés dans l’industrie textile. (Parlement européen)
  • Le lavage des vêtements libère des microplastiques ; à lui seul, le lavage des tissus synthétiques rejette chaque année plus d’un demi-million de tonnes de microplastiques au fond des océans. Cela pollue non seulement l’eau, mais nuit également à la santé des populations locales, des animaux et des écosystèmes locaux. (Parlement européen)

2.     Émissions de gaz à effet de serre

  • L’achat de textiles dans l’UE en 2022 a généré 355 kg d’émissions

de CO₂ par personne ; la production et la consommation de textiles contribuent ainsi à la crise climatique. (Parlement européen)

  • 60 % des vêtements sont produits dans les pays en développement ; le transport de nos vêtements est donc responsable d’une grande partie des émissions (Gent Fair Trade). En moyenne, un vêtement parcourt 1 900 kilomètres avant d’arriver entre les mains du consommateur (Close The Loop).

Les travailleurs

  • Au Bangladesh, le salaire minimum est de 28 euros par mois, ce qui représente souvent trois à quatre fois moins que le montant nécessaire pour vivre dignement. (Close The Loop)
  • 1/6 de la population mondiale travaille dans l’industrie textile, principalement dans les pays en développement. (Close The Loop)
  • 70 % des colorants synthétiques produits pour le textile sont des colorants azoïques. Ce type de colorant peut augmenter le risque de cancer et provoquer des irritations cutanées et oculaires, tant chez les personnes qui fabriquent les vêtements que chez les consommateurs. (COSH!)
  • Un peu moins de la moitié des marques étudiées par Fashion Revolution en 2022 indiquent ouvertement qui sont leurs fournisseurs directs. Avec qui ceux-ci travaillent à leur tour reste généralement flou. (Fashion Revolution)

3.     Déchets

  • Entre 4 % et 9 % de l’ensemble des produits textiles mis sur le marché européen sont détruits sans avoir jamais été utilisés. (Parlement européen)
  • Seul 1 % des vêtements usagés est recyclé pour fabriquer de nouveaux vêtements ; 87 % finissent dans des incinérateurs ou dans des décharges, et le reste est exporté vers des pays hors de l’UE. (Parlement européen)
  • 15 à 20 % des textiles sont déjà perdus lors de la découpe du tissu. (COSH !)

 

La mode éthique : qu’est-ce que cela signifie ?

De plus en plus de consommateurs recherchent à s’habiller de manière responsable en s’interessant de près tant à la production de leurs vêtements qu’à leur propre mode de consommation.

Le secteur de la mode joue également un rôle dans la transition générale vers la durabilité : réduire le gaspillage, opter pour des matières premières durables et renouvelables, réutiliser les matériaux… Le secteur évolue constamment, ce qui entraîne une interaction entre le commerce équitable et d’autres dynamiques, telles que la vente d’occasion, l’upcycling, le recyclage et la réutilisation. Cependant, cette évolution s’accompagne aussi de dérives dont le « greenwashing » demeure l’illustration la plus connue.

Au sein du mouvement de la mode équitable, on observe un paradoxe tenace : le paradoxe de Jevons. Bien que les investissements dans la technologie et l’innovation visent à rendre le processus de production plus efficace, ces améliorations ne se traduisent pas suffisamment souvent par une réduction de la consommation. Au lieu d’une baisse de la quantité de matières premières utilisées, cette efficacité accrue entraîne justement une augmentation de la consommation totale. Dans le secteur de l’habillement, cette efficacité de production accrue entraîne une accélération du renouvellement des stocks, ce qui se traduit paradoxalement par une augmentation de la consommation totale au lieu d’une diminution.

Il est donc essentiel de mieux faire connaître le fonctionnement du secteur de la mode. Quelle chaîne complexe se cache derrière un nouveau t-shirt ? Combien de CO₂ ce jean rejette-t-il dans l’atmosphère ? Où finissent les tonnes et les tonnes de vêtements qui restent après le Black Friday ? Et qu’en est-il du transport de toutes ces marchandises, qui, pour être livrées plus rapidement, sont de plus en plus souvent acheminées par avion plutôt que par bateau ?

 

Si vous souhaitez consommer de la mode de manière éthique, sans avoir à vous plonger dans des montagnes de recherches, vous pouvez garder à l’esprit « The Buyerarchy of needs ».

L’illustratrice canadienne Sarah Lazarovic l’a imaginée par analogie avec la « hiérarchie des besoins » du psychologue Abraham Maslow. Sa « Buyerarchy » fait son apparition partout dans le monde.

Le principe ?

  • Utilisez d’abord ce que vous avez. En portant un vêtement plus longtemps, vous réduisez le « coût par utilisation ». Porter plus souvent la même chose permet de neutraliser à la fois le coût pour le consommateur et l’impact sur l’environnement et les travailleurs du textile.
  • Empruntez, partagez, surcyclez, échangez ou réparez.
  • Achetez d’occasion ou fabriquez-le vous-même.
  • N’achetez du neuf que si aucune autre option n’est possible.

Une chose est claire : la mode éthique recouvre un large éventail de  pratiques dont voici les principales déclinaisons.

 

1.     Slow fashion

La « slow fashion » découle de la prise de conscience que le système de la « mode jetable » n’est plus tenable. Il s’agit d’un concept global qui désigne les vêtements produits de manière équitable, verte, écologique, biologique et durable. Les vêtements sont le fruit d’une chaîne d’approvisionnement opaque, où les travailleurs en amont sont trop souvent traités comme des employés jetables, et qui fait fi de l’impact environnemental. Il n’est donc pas facile de reconnaître les vêtements équitables.

Outre les associations de défense et les consommateurs, les créateurs de mode, les (petits) détaillants et les entreprises textiles se sont également joints à ce débat ces dernières années. Pour eux aussi, la course effrénée n’est plus tenable.

La course vers le bas

Après l’effondrement, le 24 avril 2013, des six étages du complexe Rana Plaza dans une banlieue industrielle de Dacca, 1 138 ouvriers bengalis ont été retrouvés morts parmi des piles de vêtements destinés aux marchés européen et américain. Mais bien plus qu’une simple défaillance de la structure du bâtiment, cette catastrophe a mis à nu la course vers le bas qui sévit dans le secteur textile dont les t-shirts à 2 euros vendus dans nos rues commerçantes constituent l’aboutissement le plus tristement symbolique

La « course vers le bas » désigne le phénomène par lequel les entreprises de confection tentent de réaliser un maximum d’économies et de réductions de coûts afin de proposer leurs vêtements au prix le plus bas possible, dans le seul but de rester compétitives et pertinentes. Pour elles, le prix prime sur l’impact de la production sur l’environnement et sur les personnes. Tout cela entraîne une surproduction et une surconsommation de vêtements.

Aujourd’hui, les vêtements sont un produit mondialisé, confectionnés là où les salaires sont les plus bas et où les syndicats sont bannis. La chaîne d’approvisionnement est extrêmement complexe, comportant de très nombreux maillons, souvent dans des circuits informels, avec du travail à domicile non réglementé ou une production dans des ateliers illégaux.

Alors que les bénéfices de l’industrie de l’habillement et du secteur de la distribution se chiffrent en milliards, la plupart des travailleurs du textile gagnent à peine quelques euros par jour, ce qui les enferme dans un cercle vicieux de pauvreté. Une journée de travail « normale » de 10 à 12 heures se transforme souvent, en période de pointe, en un marathon de 16 à 18 heures. Les problèmes de santé sont légion.

« Made in China » est sans aucun doute le label le plus connu sur nos vêtements. Mais la croissance économique y a entre-temps entraîné une lente augmentation des salaires, ce qui fait que même le premier pays exportateur de vêtements au monde, est confronté à une délocalisation de la main-d’œuvre vers d’autres pays. Les problèmes dans l’industrie de l’habillement en Chine persistent toutefois : bien qu’il existe une réglementation sur les horaires de travail et la rémunération, celle-ci est loin d’être toujours respectée dans la pratique. La liberté syndicale, quant à elle, y est purement inexistante : tout salarié qui tenterait de fonder son propre syndicat s’expose à une arrestation. Mais comme la couture consiste principalement en un travail manuel répétitif, sa délocalisation est relativement aisée. Aujourd’hui, la main-d’œuvre la moins chère et la plus rapide peut être cambodgienne ou birmane. Il serait toutefois erroné de considérer les bas salaires et les mauvaises conditions de travail comme un problème purement asiatique. De nombreux rapports de la Clean Clothes Campaign ont montré comment les entreprises utilisent l’Europe de l’Est comme un vivier de couturières bon marché. Elles militent ainsi, par exemple, en faveur d’une norme de salaire décent pour les travailleurs européens du secteur de l’habillement.

L’industrie textile rejette souvent la responsabilité sur les pouvoirs publics, qui devraient garantir des salaires minimums légaux plus élevés. Les gouvernements hésitent, car ils ne veulent pas compromettre leur compétitivité. Et la plupart des travailleurs se taisent, car ils sont facilement remplaçables. Un aperçu des dispositions légales de l’Union européenne sera présenté  plus loin dans ce dossier.

La « slow fashion » : une contre-tendance aux multiples facettes

Le mouvement « slow fashion » est né en réaction au modèle dominant de la « fast fashion » dans nos rues commerçantes traditionnelles et, plus récemment, au mouvement de l’« ultra fast fashion » incarné par des marques telles que Shein et Temu. Aujourd’hui, la majorité de nos vêtements est fabriquée aussi rapidement et à moindre coût que possible afin d’être vendue au prix le plus bas possible. Les collections se succèdent à un rythme effréné. L’impact écologique ou social n’est pratiquement pas pris en compte.

La « slow fashion » part d’un principe tout à fait différent : elle vise à associer la mode et le plaisir à la prise de conscience et à la responsabilité. Ce terme a été inventé par Kate Fletcher, professeure à l’Université des Arts de Londres, militante et autrice de plusieurs ouvrages sur la mode durable, le design et les matières. La « slow fashion » est un concept très large et global, qui place l’homme et l’environnement au cœur de la longue chaîne allant de la matière première au produit fini. La traçabilité est un élément clé : savoir d’où provient un vêtement est une première étape pour pouvoir rechercher des solutions éthiques et responsables à tous les niveaux de cette chaîne complexe.

La « slow fashion » est synonyme de production responsable. Elle privilégie en premier lieu les matières à faible impact écologique, telles que le coton biologique, le chanvre, le bambou ou les tissus recyclés. Plus loin dans la chaîne, de nombreuses étapes méritent également d’être prises en compte : teindre sans substances toxiques, laver sans gaspillage d’eau, imprimer avec de l’encre écologique, etc. Il est essentiel que toutes les personnes impliquées, du cultivateur de coton à la couturière, puissent travailler dans des conditions saines et sûres et soient correctement rémunérées.

Mais la « slow fashion » est aussi synonyme de consommation responsable. Des concepts tels que le commerce équitable, les vêtements d’occasion, le « swishing » (échange de vêtements), le partage, le recyclage ou la réparation ont donc tous leur place au sein de ce mouvement. Les adeptes de la slow fashion font d’abord le point sur leur garde-robe et évitent les achats inutiles. La devise est simple : « Buy less, choose well ! » Ou, pour le dire avec les 4 R : reduce, reuse, repair, resale.

Les vêtements de qualité, fruits d’un travail digne, ont bien sûr un prix plus élevé. Mais en tant que consommateur, il faut se demander quel est le « coût par utilisation» d’un vêtement. Le prix d’achat est peut-être plus élevé, mais le vêtement durera plus longtemps et vous le porterez plus souvent. Si vous calculez le coût par fois que vous le portez, vous serez surpris de constater que la mode durable n’est pas nécessairement plus chère que la fast fashion.

 

2.     Mode issue du commerce équitable

Toutes les marques de textile qui se qualifient de « justes » ou « équitables » ne sont pas nécessairement certifiées « commerce équitable ». Quelles solutions la labellisation apporte-t-elle aux nombreux défis du secteur de la mode ?

En bref, un consommateur qui achète un produit certifié « commerce équitable » peut être sûr que sa chaîne de production et de distribution répond à une série de critères sociaux, économiques et écologiques. L’accent est mis sur la promotion du développement durable des producteurs et des agriculteurs à la base. Citons notamment les exigences relatives au prix minimum ou au salaire minimum, aux conditions de travail et à l’éradication du travail des enfants.

La manière dont les organismes de certification indépendants contrôlent ces aspects varie. Pour le textile, Fairtrade et la WFTO sont les principaux organismes :

  • Fairtrade International définit des critères spécifiques par type de produit. L’organisation fournit ainsi des informations sur son site web concernant
  • La WFTO (World Fair Trade Organisation) certifie les organisations dans leur ensemble, et non des produits individuels. Un vêtement portant le label WFTO provient donc d’une entreprise qui applique, dans toutes ses activités, les principes du commerce équitable.

Bien sûr, une chaîne d’approvisionnement entièrement équitable ne peut voir le jour que si tous les acteurs concernés y contribuent. C’est notamment l’objectif de Fairtrade avec son programme « Fairtrade Textile ». Ce programme implique les entreprises de mode, leurs fournisseurs et leurs usines dans l’amélioration du bien-être des travailleurs en amont de la . En Fédération Wallonie-Bruxelles, le mouvement est notamment porté par Oxfam-Magasins du monde, qui sensibilise le public aux filières textiles équitables et soutient les organisations artisanales partenaires du Sud tout en proposant des alternatives concrètes dans son réseau de boutiques.

 

3.     Mode écologique et circulaire : recyclage et upcycling

Les marques de fast fashion combinent presque toujours différents matériaux dans un même vêtement. Cela les rend pratiquement impossibles à recycler.

Conséquence ? À peine 1 % des vêtements mis au rebut peut être transformé en nouveaux vêtements. Le reste des vêtements collectés est recyclé en produits de moindre qualité, ou finit par être incinéré ou mis en décharge.

Les consommateurs soucieux de l’environnement recherchent donc des vêtements composés d’un seul matériau. Et de préférence un tissu durable et naturel, c’est-à-dire sans plastique. Le polyester, l’acrylique, le lycra, le nylon, le spandex, la polaire en polyester, l’élasthanne et le polyamide sont tous des dérivés du pétrole et nuisent à l’environnement. Mais il y a un hic : bien que le « polyester recyclé » semble durable, il rejette au moins autant de microplastiques dans les océans et le sol.

Le modèle économique linéaire, dans lequel les produits sont jetés à la fin de leur cycle de vie, est donc remis en question dans la mode éthique. Il cède la place à la mode circulaire : dans le respect de la nature et des personnes, la durée de vie des matières premières, des matériaux et des produits est prolongée autant que possible.

C’est dans cette optique que s’inscrivent des initiatives telles que les ateliers de R-Use Fabrik à Bruxelles ou les séances de réparation textile itinérantes de Repair Together en Wallonie, qui apprennent aux citoyens à réparer et transformer leurs vieux vêtements en pièces uniques. Du côté des créateurs, plusieurs marques locales redoublent d’inventivité pour sauver des matières vouées au rebut : Le Label Jaune (la ligne d’upcycling des Petits Riens) confectionne des vestes et kimonos à partir des dons textiles non valorisables, la marque bruxelloise méson redonne vie à d’anciens linges de maison (draps et rideaux rétro) transformés en pièces contemporaines, tandis que The Upcycling Lab métamorphose fins de rouleaux et anciens vêtements professionnels en créations urbaines.

En Wallonie et à Bruxelles, la transition vers l’éco-conception textile s’appuie sur la stratégie régionale Circular Wallonia, ainsi que sur l’action de Wallonie Design et du pôle Fashion & Design de hub.brussels, qui accompagnent les créateurs et entreprises vers des modèles circulaires. Pour guider les citoyens au quotidien, l’asbl namuroise Écoconso fournit des repères indépendants et accessibles pour décrypter les impacts des textiles et adopter des réflexes sobres et réparateurs.

La Fondation Ellen MacArthur, qui milite en faveur d’une économie circulaire, a publié un article qui réexamine le modèle économique de l’industrie textile afin de le rendre circulaire. Elle définit quatre mesures concrètes à prendre pour rendre ce secteur circulaire. Tout d’abord, il faut revoir les indicateurs de performance, les incitations destinées aux clients et l’expérience client. Ensuite, il faut concevoir des produits qui soient utilisés plus souvent et plus longtemps. Parallèlement, de nouveaux réseaux d’approvisionnement doivent être mis en place de manière collaborative. Enfin, il convient de développer une gamme plus large de modèles.

économiques circulaires, en plus des modèles bien connus que sont la location, la revente, la réparation et la transformation.

Alors que les grandes marques se renvoient la responsabilité entre elles, ce sont souvent les petites marques qui démontrent, sur le terrain, que la circularité est réalisable. Rapanui est un excellent exemple venu du Royaume-Uni : les clients peuvent renvoyer à l’entreprise les vêtements qu’ils ont achetés lorsqu’ils n’en ont plus besoin. L’entreprise les utilise alors pour fabriquer de nouveaux vêtements et contribue ainsi à un monde circulaire. Ethical Clothing, une initiative barcelonaise, répertorie sur son site web des marques de vêtements et d’accessoires éthiques afin que vous, en tant que client, puissiez facilement savoir où faire vos achats de manière éthique. Consciente des défis auxquels sont confrontées les marques émergentes, Ethical Clothing recommande de se concentrer d’abord sur l’acquisition de clients avant de se développer. De plus, la transparence est pour elle d’une importance capitale ! Elle propose par ailleurs un outil en ligne qui vous permet de calculer facilement votre empreinte mode personnelle.

 

4.     Production locale

Acheter local est une autre façon de consommer de manière plus durable. Et cela peut se faire de différentes manières. De nombreuses marques de vêtements font confectionner leurs pièces dans leur propre pays ou, au moins, en Europe. Certaines utilisent des matières premières cultivées en Europe. Le lin est le leader dans ce domaine, mais le chanvre connaît également un regain d’intérêt.

Le lin est fabriqué à partir de la plante du même nom, l’une des rares fibres textiles encore cultivées à grande échelle en Europe occidentale. Tant la culture que la transformation du lin nécessitent peu d’eau et d’énergie, soit 5 à 20 fois moins que pour la production d’autres tissus. Le lin est en outre résistant, doux pour la peau et biodégradable. La marque de vêtements belge Ida & Volta utilise dans ses vêtements du lin belge cultivé en Flandre occidentale, tandis qu’à Bruxelles, le label Lucid Collective propose des vêtements en lin tissé en Belgique et confectionnés localement dans des ateliers de réinsertion sociale, ou encore Titake à Liège qui façonne des créations sur-mesure en lin européen.

Aujourd’hui, le chanvre provient principalement de Chine, qui représente 70 % de la production mondiale. Mais partout dans le monde, y compris en Europe, cette culture est de plus en plus souvent réintroduite. Une étude menée par Valbiom et le Centre wallon de Recherches agronomiques (CRA-W) montre qu’il présente un potentiel agronomique réel jusque dans nos régions, une dynamique confirmée par le projet de recherche Hemp4Circularity, qui vise à réintroduire le chanvre textile dans nos champs et dans l’industrie de transformation locale. Cette culture ne nécessite pratiquement pas de pesticides et requiert nettement moins de surface et d’eau que le coton. De plus, elle pousse parfaitement dans les étés belges de plus en plus chauds. Le chanvre est par ailleurs un matériau « COnégatif » : il stocke plus de CO₂ qu’il n’en émet.

L’industrie de transformation belge (ateliers de tissage, etc.) s’y intéresse également, car la transformation du chanvre s’apparente à celle du lin. Il s’agit donc d’une piste intéressante pour répondre à la demande des créateurs et des consommateurs en matière de textiles locaux et durables.

Le grossiste néerlandais en textiles écologiques Ecotex croit déjà au renouveau du chanvre et proposent à ce titre une large gamme de tissus fabriqués en Europe à partir de chanvre européen.

Malgré l’intérêt croissant pour les matières premières locales, il existe aujourd’hui encore de nombreuses marques qui optent pour une production locale avec des tissus (durables) provenant d’autres régions. Ainsi, des ateliers européens travaillent notamment pour les marques belges HNST, Mr. Manchette, Wolvis et Zokkn, mais aussi pour les bruxelloises Façon Jacmin (spécialisée dans le denim durable) et Valérie Berckmans, ou encore la liégeoise Imprevu.

La petite marque néerlandaise de streetwear Ornament Hemp Co est une fervente adepte du chanvre et n’utilise aucun autre tissu. Pour l’instant, l’entreprise, qui est d’ailleurs membre de la Fair Wear Foundation, travaille encore avec un fournisseur chinois de tissus biologiques. À Bruxelles, l’atelier Design For Resilience expérimente également le tricotage de chanvre et de lin pour relocaliser une garde-robe zéro plastique, un mouvement soutenu en Wallonie par les recherches agricoles de Valbiom pour réimplanter durablement le chanvre textile dans nos champs.

 

 

5.     La seconde main tendance

Thredup publie chaque année un rapport qui dresse un état des lieux du marché de l’occasion et du secteur de la revente, et analyse ainsi les tendances annuelles qui expliquent la croissance croissante de ce marché. Le rapport de 2025 examine plus en détail l’émergence et la popularité croissante du commerce social (dont Facebook Marketplace et Instagram sont les exemples les plus connus) ainsi que l’influence de l’IA sur le marché de l’occasion. Le rapport prévoit que le marché mondial de l’occasion atteindra 367 milliards de dollars d’ici 2029, affichant ainsi une croissance 2,7 fois plus rapide que celle du marché mondial de l’habillement traditionnel.

Les applications de vente d’occasion, dont Vinted est la plus connue, ont également connu une forte hausse de popularité. L’application Zalando ou 2dehands.be sont également des applications populaires pour acheter ou vendre des vêtements d’occasion . Vous pouvez y trouver sans peine des pièces uniques à bas prix, parfois même gratuitement, ou en échange d’un autre vêtement.

Outre les applications, il existe aussi de nombreux magasins physiques spécialisés dans les vêtements d’occasion comme « Les Petits Riens », les magasins « Terre », les boutiques Oxfam ou les Vestiboutiques de la Croix-Rouge

Certaines enseignes de fast fashion disposent aujourd’hui d’un coin dans leur magasin où elles proposent des vêtements d’occasion ou « pre-loved » ; c’est le cas, par exemple, de Weekday.

L’échange de vêtements représente enfin une alternative encore plus économique que l’achat en seconde main. Cela ne vous coûte que les vêtements que vous ne portez de toute façon plus. Et c’est aussi très convivial ! Si vous souhaitez vous initier à l’échange de vêtements, vous pouvez vous adresser aux professionnels de Clothing Loop ou participer aux événements de swishing (troc de vêtements) régulièrement relayés par des acteurs comme l’asbl Écoconso. Pour les partisans de la sobriété textile, l’échange n’est plus une simple alternative, mais une véritable « nouvelle façon de faire son shopping » sans puiser dans de nouvelles ressources.

À noter :

  • Ce sont surtout les jeunes qui contribuent à la popularité croissante des vêtements d’occasion : 60 % des acheteurs ont moins de 40 ans. Ils semblent surtout apprécier les prix bas. Selon Thredup, 48 % des jeunes générations déclarent qu’elles recherchent d’abord des vêtements d’occasion lorsqu’elles sont à la recherche de nouvelles tenues.
  • Les cinq principales raisons pour lesquelles les gens achètent des vêtements d’occasion sont les suivantes : pour faire de bonnes affaires, pour le plaisir de la chasse, pour pouvoir s’offrir des marques plus chères, parce que c’est meilleur pour l’environnement et pour trouver des pièces uniques.
  • Les grands détaillants de mode s’essaient eux aussi à la vente d’occasion. Ainsi, Zeb, H&M, Zalando et Decathlon proposent désormais la possibilité d’acheter et de vendre des vêtements d’occasion via leurs plateformes. Leurs motivations suscitent parfois des interrogations, notamment lorsqu’ils incitent les personnes qui rapportent un vêtement d’occasion à acheter un nouvel article de fast fashion en leur offrant un bon de réduction.

L’achat de seconde main constitue une pratique durable dans la mesure où il offre une seconde vie à un vêtement et en réduit ainsi l’impact négatif.. Mais là encore, il convient de nuancer. Jasmien Wynants, experte en mode durable chez Flanders DC, déclare dans Weekend Knack : « Si c’est un prétexte pour simplement acheter quelque chose, le porter une seule fois, puis le revendre, on peut alors s’interroger sur la durabilité dans son ensemble. » Un regard critique reste donc de mise.

Grâce à ces différentes initiatives, les vêtements finissent moins souvent à la décharge. Saviez-vous que 100 vêtements d’occasion permettent d’éviter la production de 60 à 85 vêtements neufs ? Ainsi, l’achat de chaque vêtement d’occasion permet d’économiser en moyenne 22 kg de CO₂ , même en tenant compte des émissions liées au transport.

6.     Emprunter et louer

De nos jours, on ne loue plus une tenue uniquement pour se déguiser en lapin de Pâques ou en clown lors d’une soirée costumée. La location ou l’emprunt de vêtements de tous les jours est également en plein essor, même si cette pratique en est encore à ses balbutiements dans notre pays.

D’après « Modemonitor », une étude publiée en 2021 par la Thomas Moore Hogeschool, seul un répondant sur dix envisage actuellement de s’abonner à une bibliothèque de vêtements. Aux Pays-Bas, les bibliothèques de vêtements et les plateformes de location sont déjà mieux implantées, mais il reste à voir si notre pays suivra le mouvement.

Pourtant, une bibliothèque de vêtements est un moyen intéressant de porter plus souvent des tenues neuves tout en prolongeant la durée de vie des vêtements.

L’acteur belge Dressr croit fermement en ce modèle et est la plateforme la plus populaire en Belgique pour louer des vêtements. Pour les tenues de soirée et d’événements, des showrooms comme Coucou à Bruxelles ou Juste une Fois en Brabant wallon permettent d’emprunter des pièces de créateurs pour quelques jours plutôt que de les acheter. Des services sur abonnement livrés en Belgique, à l’image du français Le Closet, permettent quant à eux d’adopter ce système de garde-robe tournante pour le quotidien.

 

Que pouvez-vous faire vous-même ?

Outre la slow fashion, la mode équitable, la mode circulaire, l’achat de produits locaux, l’achat de vêtements d’occasion ou la location de vêtements, il existe encore quelques autres moyens de lutter contre la fast fashion.

Que pouvez-vous faire vous-même pour lutter contre la surconsommation liée à la fast fashion et la montagne de déchets qui en résulte ? Voici quelques suggestions.

  • Réfléchissez bien avant de décider d’acheter quelque chose.
  • Réparez les vêtements abîmés au lieu de les jeter.
  • Échangez ou vendez les vêtements que vous ne portez plus. Posez des questions ciblées à vos marques préférées. Invitez-les à réfléchir aux mesures qu’elles prennent pour réduire leur empreinte écologique. Sur le site du SKC, vous trouverez quelques fiches de questions pour vous aider à démarrer.
  • Si vous devez tout de même jeter des vêtements, pensez à donner ceux qui sont encore en bon état et à utiliser ceux qui ne sont plus utilisables comme chiffons ou à les trier.

 

 

Législation européenne

Au cours des dernières années, l’Union européenne a élaboré tout un ensemble de règles visant à réduire la « fast fashion » et les déchets textiles. Dans la stratégie de l’UE pour des produits textiles durables et circulaires, la Commission européenne esquisse une vision à l’horizon 2030 dans laquelle tous les textiles présents sur le marché de l’UE seront durables, réparables et recyclables, avec un maximum de fibres recyclées et un minimum d’incinération et de mise en décharge des déchets vestimentaires. Cette stratégie se concrétise notamment par le règlement sur l’écoconception des produits durables, qui imposera des exigences de conception en matière de durabilité, de réparabilité et de recyclabilité, ainsi que par une interdiction de la destruction des vêtements et chaussures invendus, qui entrera d’abord en vigueur pour les grandes entreprises en 2026, puis pour les entreprises de taille moyenne en 2030 ( Carbonfact ).

Par ailleurs, la révision de la directive-cadre sur les déchets oblige les États membres à mettre en place une collecte sélective des textiles et à instaurer une responsabilité élargie des producteurs, de sorte que ces derniers doivent prendre en charge les coûts liés à la collecte, au tri, à la réutilisation et au recyclage de leurs produits textiles ( Carbonfact ). L’UE souhaite également limiter les exportations de déchets textiles et renforcer les capacités et de recyclage en Europe. Parallèlement, des mesures sont prises du côté des consommateurs : avec la directive sur les allégations écologiques et la directive « Empowering Consumers for the Green Transition », les allégations environnementales devront désormais être étayées, vérifiables et non trompeuses, afin de lutter contre le « greenwashing », notamment dans le secteur de la mode.

L’essentiel est que la « fast fashion » passe elle même « de mode » : moins de surconsommation, plus de qualité, de réutilisation et de réparation, et une industrie qui assume la responsabilité de l’ensemble du cycle de vie de ses produits.

 

Les allégations de durabilité des grandes marques

Les grandes chaînes de prêt-à-porter et les marques connues se lancent de plus en plus souvent et de manière de plus en plus intensive dans la mode éthique. Mais ils’agit souvent d’allégations creuses qu’elles ne peuvent pas étayer. Le greenwashing et le social washing guettent également le monde de la mode.

 

Qu’est-ce que le « greenwashing » ?

On parle de « greenwashing » ou de « social washing » lorsqu’une entreprise se présente respectivement comme écologiquement ou socialement responsable, alors qu’en réalité, elle ne prend pas suffisamment de mesures dans ces domaines.

L’objectif sous-jacent reste le même : vendre. Une organisation se présente donc comme plus « verte » qu’elle ne l’est réellement lorsqu’elle pratique le greenwashing.

Les consommateurs font leurs achats en fonction de leurs valeurs. Ils achètent des marques qui, tout comme eux, accordent de l’importance à l’environnement, à des prix équitables, à l’égalité des genres, à la lutte contre le racisme, etc. Les marques qui pratiquent le greenwashing, le social washing ou même le « woke-washing » capitalisent sur ces valeurs dans leur communication, mais pas toujours dans leur politique d’entreprise. Souvent, ce type d’entreprise consacre plus de temps et de ressources au marketing de ses initiatives durables qu’à ces initiatives elles-mêmes. Ou bien il s’agit d’un seul projet éthique concret dont l’image « verte » rejaillit sur l’ensemble de la marque et masque ses aspects non durables.

L’Accord du Bangladesh sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments montre l’exemple

En août 2021, plus de 200 grandes marques de prêt-à-porter ont signé la version révisée de l’Accord du Bangladesh, désormais appelé « Accord international ». En vertu de cet accord, elles peuvent faire l’objet de poursuites si elles-mêmes, ou leurs sous-traitants, ne garantissent pas la sécurité des travailleurs.

En 2022, la directrice du Bangladesh Center for Worker Solidarity, Kalpona Akter, s’est exprimée à ce sujet devant le Parlement fédéral belge. Elle a attiré l’attention de nos responsables politiques sur l’importance de la transparence tout au long de la chaîne d’approvisionnement et de la responsabilité des entreprises. Elle a également insisté sur la nécessité d’une législation contraignante.

Les signataires de l’accord du Bangladesh se sont d’ores et déjà engagés à étendre ces dispositions à d’autres pays. En 2022, l’accord a donc été étendu au Pakistan. Les pays qui figurent toujours en tête de liste, mais pour lesquels aucun accord n’a encore été signé, sont : l’Inde, le Maroc et le Sri Lanka. Sur le site web de l’International Accord, vous pouvez déjà consulter les dernières mises à jour de l’accord international sur la santé et la sécurité dans l’industrie textile et de l’habillement. En 2022, l’organisation critique COSH! avait déjà réagi à cet accord. Elle espérait que cette extension se concrétise rapidement et attire l’attention des consommateurs sur le fait que les entreprises qui s’engagent au Bangladesh n’assument pas nécessairement leurs responsabilités dans d’autres pays. « À notre avis, les marques ne devraient pas communiquer sur cette initiative si elles continuent à agir de manière néfaste dans d’autres pays. Cela induirait les consommateurs en erreur», affirme-t-elle.

 

1.     Critiques à l’encontre de Primark et Shein

Lorsque le discounter Primark a annoncé en grande pompe en 2021 qu’il misait désormais sur la durabilité, des voix critiques se sont immédiatement fait entendre. Pourquoi ? Pour devenir plus durable, Primark utilise par exemple moins d’eau et de pesticides dans sa production de coton. Mais cela est loin de rendre ses vêtements véritablement durables : le coton de Primark reste à des années-lumière des normes applicables au coton biologique. L’engagement de la chaîne suscite donc de nombreuses réserves.

Malgré le message de Primark selon lequel l’entreprise souhaite rendre le développement durable accessible à tous, les critiques estiment qu’elle surfe avant tout sur la tendance du marketing vert (greenwashing). Le fait que Primark ait signé l’accord du Bangladesh juste avant le lancement de cette campagne – bien plus tard que les autres signataires – n’est sans doute pas non plus une coïncidence.

Primark a récemment été mise en garde pour avoir affiché de fausses allégations de durabilité sur des affiches dans ses magasins. La Commission néerlandaise du code de la publicité (RCC) a jugé que ces allégations étaient trompeuses ou que les nuances n’étaient pas suffisamment visibles pour les consommateurs. D’autres entreprises, telles que H&M et Decathlon, ont déjà été reconnues coupables par la RCC aux Pays-Bas d’allégations trompeuses en matière de durabilité sur leurs produits ou en magasin. Après la crise du coronavirus, les entreprises d’ultra fast fashionen ligne, telles que Shein et Temu, ont connu une croissance fulgurante. Shein n’était jusqu’à récemment qu’une plateforme de vente en ligne ; en 2026, l’entreprise a ouvert son premier magasin à Paris. Sur son site web, elle propose chaque jour des milliers de nouveaux vêtements à des prix très bas. Cette quantité colossale de vêtements est produite à partir de matières premières bon marché, dans de mauvaises conditions de travail et selon un modèle d’ultra fast fashion. Sur le site web de Shein, on pourrait croire que les choix de matériaux de l’entreprise sont réfléchis et durables, mais il s’avère que ce n’est pas le cas.

 

2.     H&M devant les tribunaux pour « greenwashing »

H&M fait également l’objet de critiques depuis des années concernant sa gamme « Conscious ». Aux Pays-Bas, des militants d’Extinction Rebellion ont tagué une boutique en 2020 pour cette raison.

L’enseigne a même été récemment poursuivie en justice pour les mêmes raisons : en juillet 2022, l’Américaine Chelsea Commodore a déposé une plainte officielle pour « greenwashing ». « L’objectif du marketing d’H&M est de vendre des produits qui séduisent le segment en pleine croissance des consommateurs soucieux de l’environnement, mais H&M le fait de manière trompeuse et mensongère », peut-on y lire. H&M aurait notamment publié sur son site web des chiffres erronés concernant la durabilité des vêtements de la gamme Conscious, mais les a supprimés après le dépôt de la plainte.

H&M a également lancé une campagne intitulée « Let’s close the loop », dans le cadre de laquelle les consommateurs pouvaient rapporter des vêtements qui seraient ensuite recyclés. H&M avait présenté cette campagne, la plus grande de ce type jamais organisée à l’échelle mondiale, de manière très optimiste. Les conclusions d’une enquête menée par un journal suédois se sont toutefois révélées décevantes, affirme COSH !. Des émetteurs GPS ont été placés dans un certain nombre de vêtements rapportés, et ceux-ci ont été dispersés aux quatre coins du monde, et n’ont donc pas tous été recyclés comme l’affirmait H&M. L’initiative de collecte de H&M n’est donc qu’un stratagème marketing et ne contribue pas à réduire le problème des déchets textiles.

Nouveau baromètre « Les Belges et le commerce équitable »

Dans le même esprit, le dernier sondage d’opinion sur la consommation responsable réalisé par Enabel (2021) révèle que plus de huit citoyens sur dix sont favorables à une législation obligeant les entreprises à prendre des mesures visant à prévenir les violations des droits de l’homme et les dommages environnementaux (devoir de diligence).

Une lueur d’espoir dans ce domaine est l’accord contraignant signé il y a deux ans par de grandes marques internationales de prêt-à-porter concernant la protection des travailleurs du secteur textile au Bangladesh.

Pour en savoir plus, deux reportages vidéos sont disponibles ici

https://www.youtube.com/watch?v=Bwj3riwQfLM

ou https://www.youtube.com/watch?v=qIo7xhPWJS4

 

La mode éthique au travail, à l’école, pendant le sport…

L’offre de vêtements, chaussures et accessoires de mode éthiques s’élargit chaque jour. De plus, elle s’éloigne de plus en plus du stigmate « hippie » qui a longtemps collé à la peau des vêtements durables. Voici un aperçu de cette offre pléthorique.

1.     Vêtements

Outre tous les styles possibles pour le quotidien, vous trouverez également une multitude de variantes éthiques pour les tenues de soirée, les vêtements pour enfants, les vêtements de grossesse, les tenues de sport, la lingerie, les tenues de travail, les vêtements promotionnels…

Quelques exemples de marques belges ancrées à Bruxelles et en Wallonie :

  • MOOV360 (textiles techniques conçus à partir de filets de pêche régénérés)
  • Stanley/Stella (leader des textiles vierges bio et éthiques), B&C Collection
  • Superbe (dentelles upcyclées), Kaly Ora (fibres recyclées)
  • Bonjour Maurice (coton bio, vêtements réversibles et modèle circulaire)
  • Design For Resilience (accessoires zéro plastique en lin et chanvre), Le Label Jaune des Petits Riens (maroquinerie upcyclée), Lilù (confection artisanale bruxelloise)

 

2.     Chaussures

Le marché des chaussures durables (écologiques et/ou équitables) ne cesse de croître d’année en année. C’est notamment le cas des baskets, pour lesquelles on trouve de plus en plus d’alternatives responsables.

 

3.     Ils sont déjà sur la bonne voie

Les entreprises, les pouvoirs publics et les organisations peuvent également apporter une contribution importante en misant sur les vêtements issus du commerce équitable.

Dans les 251 Communes du commerce équitable, des bénévoles sensibilisent les associations de jeunesse, les clubs sportifs, les écoles et les administrations locales à la possibilité de choisir des uniformes, des tenues de sport et des vêtements de travail certifiés Fairtrade.

  • Mons : l’éthique textile gravée dans le marbre communal : la ville a pris la décision d’inscrire dans sa Déclaration de politique générale des critères éthiques et sociaux pour ses marchés de vêtements de travail. L’ONG achACT (volet belge francophone de la Clean Clothes Campaign) a d’ailleurs pointé Mons comme exemple à suivre.
  • Gand : a élaboré, en collaboration avec la VVSG, une boîte à outils pour des vêtements de travail socialement responsables. Celle-ci sert de guide pour ses propres achats, mais aussi pour d’autres villes et communes qui souhaitent mettre en place une politique d’achat durable.
  • Louvain : des magasins spécialisés dans l’alimentation et les vêtements durables ou issus du commerce équitable en ville
  • Saint-Nicolas : des t-shirts issus du commerce équitable pour le personnel municipal.
  • Herent : Ecolife aide les clubs sportifs et les écoles à acheter des vêtements de sport éthiques.
  • Bruges : des uniformes issus du commerce équitable pour l’équipe de nettoyage, les ouvriers et le personnel des musées.

 

Comment reconnaître la mode équitable lorsque vous faites vos achats ?

La plupart des certifications de commerce équitable générales comportent également des normes pour le textile. Il existe par ailleurs des labels qui se concentrent spécifiquement sur le textile. Labelinfo et Keurmerkenwijzer proposent un aperçu des labels et certifications indiquant qu’un produit est éthique. De même, Flanders DC répertorie, de son côté, les systèmes de certification pertinents. Tous les labels mettent l’accent sur des aspects différents et présentent donc chacun leurs avantages et leurs inconvénients.

Il est moins évident de déterminer si un vêtement a été fabriqué dans des conditions

« casher » que, par exemple, pour une tablette de chocolat. Tous les fabricants ne mentionnent pas sur les étiquettes de leurs vêtements les certifications dont ils disposent. Parfois, seule une partie de leur chaîne de production est certifiée. Les sites web des marques apportent souvent une réponse : une marque qui prend vraiment au sérieux la production équitable en parle sur son site.

Si vous n’avez ni l’envie ni le temps de vous pencher vous-même sur les pratiques des marques, vous pouvez vous inspirer des experts :

  • COSH! est une plateforme en ligne qui aide les consommateurs à trouver, hors ligne, des vêtements durables correspondant à leurs goûts personnels.
  • Right accompagne les personnes dans la recherche de leur propre style vestimentaire durable. D’abord dans leur propre garde-robe, puis seulement en faisant du shopping.
  • Good on you évalue la durabilité des marques du monde entier.
  • Fairtrade Belgium répertorie les marques textiles belges certifiées Fairtrade.

 

Où acheter des vêtements équitables ?

  • Bruxelles : Visit Brussels a dressé une liste d’adresses de shopping éthique.
  • MAD Brussels publie la carte interactive du MAD Parcours dédiée aux créateurs de mode locale et circulaire, tandis que la plateforme COSH! permet d’explorer les boutiques éthiques quartier par quartier.
  • Liège : le Green Office de l’Université de Liège a mis en ligne une carte interactive des commerces durables et friperies du centre-ville, complétée par les adresses recensées par la Ville de Liège dans le cadre de son label « Commune du commerce équitable ».
  • Namur : l’association Namur CentreVille et l’échevinat du développement durable mettent en avant les enseignes éthiques, friperies solidaires et magasins du monde au cœur de la ville.
  • Ottignies-Louvain-la-Neuve : la Ville publie un répertoire et des parcours d’adresses valorisant le commerce équitable, les créateurs locaux et les boutiques de seconde main.
  • Mons, Charleroi et Tournai : ces villes labellisées « Communes du commerce équitable » répertorient sur leurs portails et via leurs réseaux associatifs les points de vente éthiques, ressourceries et magasins Oxfam.
  • À l’échelle de la Wallonie et de Bruxelles : le guide en ligne de l’asbl Écoconso (« Où acheter des vêtements ou textiles écologiques en Belgique ? ») fournit un inventaire complet et actualisé des boutiques et créateurs engagés.

Dans de nombreuses autres communes, Oxfam-Magasin du monde propose une gamme de vêtements équitables et surtout d’accessoires (maroquinerie, bijoux, écharpes).

 

Où découvrir la mode équitable pendant la Semaine du commerce équitable ?

Voici les activités liées à la fair fashion programmées pour l’édition 2026 de la Semaine du Commerce Equitable (7-17 octobre 2026) :

En 2026, la Semaine du commerce équitable consacre une grande part de sa programmation à la déconstruction du modèle de la fast fashion et à la valorisation de la mode éthique. À travers la Belgique, de nombreuses initiatives immersives, pédagogiques et culturelles sont organisées pour encourager la population à repenser sa consommation vestimentaire.

1.     Jeux de rôle, enquêtes et décryptage interactif

Afin de sensibiliser le public de manière ludique, plusieurs projets misent sur des enquêtes et des jeux d’intelligence collective :

  • L’escape game « Décode la mode » : Déployé du 7 au 18 octobre 2026 par l’ASBL Citoyenneté et Participation sur l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce jeu coopératif invite les participants (dès 15 ans) à se mettre dans la peau de détectives. Leur mission est de percer les secrets de fabrication d’une géante fictive de la mode internationale nommée « Zhein ». Le jeu, qui bénéficie de dix animations programmées, met en lumière les impacts environnementaux et sanitaires de la filière, et s’enrichit cette année d’un nouveau débriefing interactif et d’un dossier pédagogique coconçu avec Oxfam-Magasins du monde et ach’ACT.
  • « Ethique et étiquettes » à Namur : La Ville de Namur investira l’internat Asty-Moulin le 14 octobre 2026 à partir de 17 heures pour une grande soirée de sensibilisation destinée aux étudiants (12-25 ans) de différents réseaux. Animée par l’ASBL La Trame, l’activité repose sur le décryptage des étiquettes des propres vêtements des jeunes, afin de comprendre les conditions de travail dans les usines et la durabilité des matières. Un quiz géant couronnera cette animation, qui sera suivie d’un repas équitable et zéro déchet. L’initiative se prolongera également à l’Athénée Royal de Jambes sous la forme d’un goûter équitable géré par la mini-entreprise scolaire Snack Attack.
  • L’application Digital Wardrobe et la quête urbaine : Ciblant les jeunes de 12 à 15 ans, le projet « Mijn Kast Telt » coordonné par The Future of Fashion Collective VZW et COSH! invite les élèves de cinq villes belges à numériser leur propre garde-robe. L’objectif est de leur faire prendre conscience de la quantité de vêtements qu’ils possèdent réellement et de la fréquence à laquelle ils les portent. La classe gagnante participera à une quête urbaine guidée à la découverte des commerces de mode éthique locaux.
  • Kits interactifs « Le voyage d’un t-shirt » : Dans la région de Vielsalm, des kits pédagogiques seront distribués dans les écoles et structures de jeunesse. Ils aborderont la consommation d’eau de l’industrie textile, la pollution ou encore le transport international via un quiz dynamique, et lanceront des discussions sur les alternatives telles que la seconde main et l’upcycling.

2.     Débats, conférences et cinéma

La prise de conscience passe également par la projection de documentaires révélateurs et l’organisation d’échanges avec des experts :

  • Le ciné-débat du MOC Charleroi Thuin : Le jeudi 8 octobre 2026, de 14h à 16h, le cinéma Quai10 (Côté Parc) accueillera la projection gratuite du documentaire belge « La vie d’une petite culotte et de celles qui la fabriquent » de Stéfanne Prijot. Cet événement, qui interroge l’impact environnemental de la mode et les conditions des ouvrières, s’accompagnera d’un débat en présence de la réalisatrice.
  • Conférences et documentaires à Wanze : Le 16 octobre à 18h30, un autre documentaire de référence, « Open Secret », sera projeté pour exposer l’exploitation dans certaines filières textiles (notamment chez Boohoo), suivi d’un débat.
  • Conférences en Flandre : À Houthalen-Helchteren, l’événement « Fast fashion of fair fashion: wat kies jij? » organisé le 15 octobre proposera des témoignages d’experts du VITO et de l’enseigne JBC sur l’économie circulaire et l’impact de la fast fashion. À Bruges, une conférence sur la mode durable sera également animée par COSH!.

3.     Ateliers pratiques, expositions et actions concrètes (Upcycling et réparation)

Pour aller au-delà de la théorie, de multiples communes mettent sur pied des activités d’apprentissage pratique et d’économie circulaire :

  • Customisation et upcycling à Soignies : La Ville organise un atelier consacré à l’upcycling textile le samedi 10 octobre 2026 au Maquis (de 14h à 17h), prolongé par l’intervention de l’organisation achAT de 19h à 21h au même endroit.
  • Le mois du textile écoresponsable à Wanze : Wanze propose pas moins de quatre expositions sur le sujet (dont « Salaire vital », « Slow fashion- fast fashion » et un parcours interactif). Le public pourra aussi se former à la réparation grâce à un atelier d’initiation à la broderie japonaise Sashiko le 10 octobre (9h30-12h), ou via un Repair Café couture à la Maison des Jeunes le 13 octobre. Un marché prolongé se tiendra également le 16 octobre, valorisant le textile écoresponsable.
  • Festival de la mode circulaire à Anvers : Le 10 octobre 2026, l’espace culturel Kavka accueillera le « REFASHION RECULTURE Festival ». Au programme de cet événement participatif : expositions sur les matériaux équitables, ateliers de réparation (mending), troc de vêtements (swap) basé sur un système de jetons, et enfin une performance théâtrale sur le système global de la mode.
  • Immersion et photographie : Le projet « Kleur Bekennen / A Confession of Colour », porté par la journaliste Sarah Vandoorne et la photographe Sarah Van Looy, proposera une exposition choc sur la pollution générée par la teinture synthétique et les alternatives développées par les chercheurs. Dans un esprit similaire d’immersion locale, les Brugeois pourront bénéficier d’une visite guidée dans les coulisses de la Kringwinkel Sint-Jakobs, incluant des ateliers sur le textile.

Semaine du commerce équitable

La Semaine du Commerce équitable est une campagne annuelle qui met à l’honneur le commerce et les produits équitables dans tout le pays. Dans toute la Belgique, pendant 10 jours, des activités sont organisées afin de se familiariser, de manière ludique, avec le commerce et les produits équitables.

Instagram #semaineducommerceéquitable

Ce message d’erreur n’est visible que pour les administrateurs de WordPress

Erreur : aucun compte connecté.

Veuillez vous rendre sur la page des réglages d’Instagram Feed pour connecter un compte.