« La Vie d’Une Petite Culotte met des visages sur nos vêtements
Que cache une petite culotte achetée bon marché, sans y faire beaucoup attention ? Derrière ce sous-vêtement ordinaire, il y a des femmes : des cueilleuses de coton en Ouzbékistan, des fileuses en Inde, des teinturières indonésiennes. C’est tout ce parcours que suit le documentaire de Stéfanne Prijot, La Vie d’une Petite Culotte et de celles qui la fabriquent.
De l’Ouzbékistan au magasin de maman
Projeté le 8 octobre au Quai10 à Charleroi dans le cadre de la Semaine du commerce équitable et en présence de la réalisatrice, le film tisse la vie de cinq femmes, cinq maillons d’une filière textile mondialisée et opaque. Yulduz cultive le coton en Ouzbékistan. Janaki, jeune Indienne, a quitté l’école pour la fabrique dans le cadre du système sumangali. Mythili, teinturière, rêve de devenir maman. Risma, en Indonésie, se bat pour les droits des ouvrières. Et Pascale, la maman de la réalisatrice, tient un petit magasin de vêtements en Belgique… où l’on ne trouve plus aucun vêtement 100 % belge depuis la délocalisation des usines.
« C’était bien pire sur le terrain que tout ce que j’avais lu »
Interrogée sur les difficultés du tournage, préparé avec des organisations comme achACT ou Oxfam-Magasins du monde, Stéphanne Prijot évoque d’abord la dimension humaine. « Ce que j’ai vu sur le terrain, c’était bien pire que tout ce dont j’avais pris connaissance, tout ce que j’avais lu avant le tournage. C’était mon rôle d’aller chercher des témoignages de personnes et de les ramener ici. Émotionnellement, ça reste avec moi. » Partie en équipe très légère et traductrice à ses côtés, elle a misé sur la transparence pour gagner la confiance des ouvrières : « Quand notre intention est honnête, cela crée une forme de cœur-à-cœur. Au début, je rencontrais les personnes, je montrais des images, et puis je revenais pour filmer. Nous sommes restés un mois dans chaque pays. »
Fast fashion, ultra fast fashion : l’accélération continue
Sorti en 2018, le film reste d’une actualité brûlante. Depuis, l’ultra fast fashion a fait son apparition. La crise du Covid a montré la vulnérabilité des ouvrières, des marques ont annulé leurs commandes du jour au lendemain, sans payer.
Le changement climatique s’ajoute à la liste : des vagues de chaleur touchent de plus en plus les pays producteurs, dans des ateliers souvent mal ventilés. Et ici, les centres de tri de vêtements sont submergés par des vêtements à la qualité de plus en plus médiocre, souvent invendables et non recyclables en raison d’une trop grande présence de fibres d’élasthanne.
Le film est utilisé dans les écoles secondaires et le CNCD-11.11.11 propose gratuitement, à côté du film, « Le jeu de la bobine », un jeu de rôle qui refait le parcours d’une bobine de fil depuis notre garde-robe.
Un tout grand merci à Cécile Vargas du MOC Charleroi-Thuin d’avoir organisé la séance et le débat qui a suivi.

